« Mon cœur s’est apaisé. »
C’est ce que j’ai ressenti, la première fois que je me suis vraiment laissé aller dans un kirtan. Mais je n’ai pas toujours vu les choses de cette façon.
La première fois que j’ai été exposé au kirtan, la pratique de chanter des mantras en groupe, c’est il y a une dizaine d’années. Mon ami feu Peter voulait m’y amener car pour lui c’était une pratique hebdomadaire importante.
En toute honnêteté, je n’ai pas été impressionné. Bien que la musique était belle, je trouvais ça bizarre tout ce monde qui chantait des drôles de mots à l’unisson. Je me suis dit : « C’est quoi ce truc de hippies ? »
Je suis reparti chez moi, pas convaincu. Mais quelque chose avait bel et bien été planté. Un souvenir, une semence.
Les choses ont pris une tournure quand je suis revenu dans les Laurentides 7 ans plus tard. De retour de l’Outaouais, le cœur brisé d’une relation de 4 ans et demi. Je me suis présenté dans une de ses soirées de kirtan à Val-David et d’un coup comme ça, en me donnant la permission de participer et de chanter, mon cœur s’est apaisé.
Je me suis senti enveloppé de toutes parts par des harmonies qui m’apportaient une paix profonde.
J’étais assis là au centre de tout ce beau monde, le cœur ouvert, à écouter les voix des participants, la guitare, l’harmonium, la contrebasse et les percussions. Je ressentais toutes ces vibrations au centre même de mon corps, au centre même de mon être.
C’est là, dans ce presbytère de Val-David, en cet instant que j’ai vraiment compris le pouvoir guérisseur de cette pratique.
Depuis cette soirée transformatrice, je pratique ce type de chants dévotionnels accompagné de ma guitare et de mon harmonium, de façon quotidienne.
Peut-être que toi aussi, tu as déjà vécu ça : entrer quelque part sans rien comprendre, et te sentir bien quand même.
Les 4 manières de percevoir le kirtan
L’une des questions qu’on me pose souvent, c’est : pourquoi chantes-tu le kirtan ? Cet article est ma tentative d’expliquer comment et pourquoi cette pratique fait du bien dans la vie.
Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on choisit de chanter. En voici quatre. Les trois premières donnent du sens à la pratique. C’est la quatrième que je trouve la plus puissante.
1. Dualisme et dévotion
Pour beaucoup de gens, le kirtan est une pratique de dévotion. On appelle ça le Bhakti Yoga, le yoga de la dévotion : une relation entre le soi et le divin, entre l’humain et l’univers.
On voit souvent les dévots de Krishna (le mouvement ISKCON) chanter dans la rue pour louer et honorer les noms de Krishna et de Rama (un avatar de Vishnu). L’intention est de se connecter à Dieu.
2. Non-dualisme
Le non-dualisme, c’est l’idée que le soi et le divin ne font qu’un : Atman et Brahman ne sont pas séparés. On peut alors voir le kirtan comme le divin qui honore le divin.
Autre lecture intéressante : les divinités nommées pendant le chant sont des archétypes qu’on éveille en soi, une façon de faire grandir des qualités déjà présentes.
3. Méditation chantée
Bien que certaines personnes aiment comprendre la signification des mots, de la philosophie et des traditions spirituelles entourant le kirtan, d’autres préfèrent ne pas les analyser et juste aimer le beau, la mélodie et la vibration du son. Dans ce camp, le simple fait d’être en présence de ces chants augmente la vibration. Ça devient une belle méditation chantée.
Le kirtan, c’est d’abord une activité qu’on fait ensemble. Une communauté qui chante ensemble est une communauté en santé. La langue sanscrite devient alors un unificateur, au-delà des frontières et des croyances. Tu n’as pas besoin de traduire pour ressentir.
4. Comme pratique de régulation du système nerveux
Une des raisons qui me sont très chères de pratiquer le kirtan, ce sont ses nombreux bénéfices pour la régulation du système nerveux.
Chaque fois que tu chantes, la respiration ralentit : tu passes naturellement de 12-18 à 5-6 respirations par minute. Tu tombes en parasympathique (le mode détente de ton corps), en « rest and digest ». Et ça, ça fait du bien.
C’est la même mécanique que la cohérence cardiaque, mais intégrée dans un acte collectif, musical, porteur de sens.
Aussi, quand tu chantes « ommm », « voooooh » ou un autre mot prolongé, ça stimule le nerf vague, le grand nerf de la détente, qui passe juste au côté de ta gorge.
Conclusion : ce que tu peux en retenir
Le kirtan n’est pas une pratique spirituelle réservée aux seuls initiés. C’est un outil de régulation nerveuse accessible à tous. Tu n’as pas besoin de comprendre le sanscrit, ni d’adhérer à une croyance. Il suffit de chanter. Ou même, simplement d’écouter.
La respiration ralentit. Le système nerveux se calme. Le cœur s’ouvre. Et parfois, quand tu as placé la table, l’extase vient s’y déposer. Et ça, ce n’est pas un accident.
Et si le kirtan n’était pas une pratique spirituelle, mais un hack physiologique que tout le monde peut utiliser ?
Le chant, c’est une porte. L’hypnose en est une autre, pour aller encore plus loin dans la détente et le changement.


